Rira bien qui rira le dernier, Lacanau, 2008

Cinquante ballons baudruches, une foule de têtes hilares qui rigolent compulsivement à la surface de l’eau. Un rire surfait, à la communication hexogène puisque c’est le vent et le clapot de l’eau qui le provoque.

Ces têtes semblent toutes identiques, elles se ressemblent et se confondent, elles n’ont à priori pas d’identité et ne connaissent qu’un seul et même refrain : le rire sans objet. Delphine Rose dépeint avec un certain cynisme un des spectacles quotidien qui anime le site de Lacanau pendant l’été. Lacanau, silencieuse en hiver, est gagnée par l’artifice, par les remous collectifs pendant les quelques mois où le climat lui est favorable. Si ce phénomène est certes profitable au tourisme et au commerce, il a inévitablement une influence sur l’environnement et sa gestion. Ces flux migratoires contrastés, cette occupation du territoire en période estivale modifie le paysage. La densité humaine excessive de l’été semble être le pharmakon de Lacanau : elle en est à la fois le remède par la prospérité économique qu’elle engendre et le danger par les mesures qu’elle impose… Une rançon amère à une ville qui s’est constituée pour le meilleur et pour le pire, une réputation de “lieu mythique”.

Ces pics de fréquentation appellent une gestion quasi urbaine pour une ville qui s’est construite autour de qualités environnementales. L’artiste nous met face à une situation contradictoire et nous met face à une situation écologique en débat.

Les rire de baudruches de Delphine Rose éclatent les uns après les autres. Ils ont une vie éphémère et disparaissent au fur et à mesure de l’exposition, à l’image du profil démographique de la station balnéaire.